Pertinax – L. Azarii

Chers amis des mots,

J’ai rencontré L. Azarii sur un salon Discord, alors qu’il était sur le point de sortir son roman. Jusqu’ici, je n’avais jamais été déçue par mes lectures en auto-édition, qui m’offraient surprises et, parfois, coups au cœur. Alors je l’ai acheté. Le malheur de « Pertinax » est que j’avais sûrement des attentes décalées en rapport au contenu et que, peut-être, ce n’était pas la bonne période personnelle pour le découvrir. Malgré tout, dans un souci de transparence, de respect envers l’auteur et du concept de ce blog, je tiens à en faire la chronique. Qui sait ? Vous pourriez avoir envie de construire votre propre avis ?

Bref synopsis personnel : C’est l’histoire de Thomas Dutourd, mandaté sur une affaire judiciaire : on accuse Melody Walker d’hérésie et de sorcellerie. À Baltimore, en 1715, vous découvrirez les dessous d’accusations capillotractées et les machinations religieuses que les hommes sont prêts à inventer pour accuser une jeune femme aux valeurs révolutionnaires.

Impressions : Je trouve l’introduction de l’auteur sur l’histoire et la période passionnante. Elle m’a tout de suite donné envie de lire la suite, de me plonger dans cette fiction. Malheureusement, il y a énormément de noms exposés dès le début du récit, ce qui a rendu ma lecture très exigeante. Je me suis demandé s’ils auraient tous un rôle capital à jouer ensuite. Également, en général, j’ai de la peine à coller au rythme très particulier. Au début, le texte est entrecoupé, il y a beaucoup d’informations et le format (retranscription d’audiences) ne permet pas de rendre à la lectrice que je suis la personnalité de chacun des personnages. Aussi, je ne comprends pas très bien le changement de narration entre la première personne et la troisième personne, en fonction de qui parle. Malgré tout, j’apprécie que l’auteur s’essaye aux différentes formes d’écriture (PV, retranscriptions, introspection des personnages, pensées, dialogues, etc.). Cela aurait pu rendre le récit très dynamique, si le rythme du premier tiers était moins haché.

J’apprécie particulièrement l’examen de Melody et les moments du genre où on s’immerge dans une certaine action. Cela rend l’histoire plus vivante, les descriptions concrètes, les scènes dessinées et claires. Ainsi placées dans un contexte historique et parfois explicitées par des notes de bas de page, je me sens vivre le récit. À mon sens, toutefois, ces moments sont trop rares. J’ai un petit espoir après le premier tiers du livre, car la narration colle davantage à la fiction. Je souris à la page 53.
Je tiens à souligner que l’auteur gère très bien le verbe, la prose, que « Pertinax » se lit et qu’on voit son affection pour l’écriture, ainsi que pour les choses bien faites ; on sent l’immense travail derrière l’ouvrage.
À mon grand damne, ça ne suffit pas à me transporter, et je préfère admettre que, si l’auteur n’avait pas été L. Azarii, j’aurais abandonné ma lecture au premier tiers. Je me force, parce qu’il y a des points de vue internes très intéressants, notamment ceux de Melody, que je trouve attachante dans ses extrêmes, dans sa contradiction Convictions versus Sentiments de jeune femme.

Pour parler des personnages, je vais là aussi être sincère : je trouve que c’est le point faible de « Pertinax ». Ils auraient dû être au centre, faire vivre le récit, peut-être à mon sens davantage que le contexte historique. Mais là aussi à mon grand regret : je ne ressens absolument rien pour eux, tout du long. Quand je dis que Melody est attachante, c’est paradoxal… Or, elle représente ma difficulté de lecture constante. En réalité, j’ai ce sentiment omniprésent qu’« à un moment ça va décoller ». Malheureusement, à chaque fois que l’auteur est à bout touchant, qu’une porte va s’ouvrir sur un peu de sensorialité et/ou d’affection… PAF, plus rien. J’avoue que c’est assez frustrant pour moi et que ça gâche complètement ma lecture. Car même quand Thomas parle d’amour, il en parle froidement, sans aucune conviction… Du moins, pas une conviction qui me touche. Quand ces amours se manifestent, ils représentent juste un nom évasif, pas une personnalité. Les ennemis qu’on pourrait penser plus nets ne s’animent pas dans mon esprit ; je serais d’ailleurs incapable de ressortir des noms/prénoms/traits de caractères, tant ils me semblent fondus dans une masse d’informations, certes intéressantes… Mais ça manquait de tripes, quoi ! D’ailleurs, lors des moments charnels, descriptifs, je ne ressens rien du dilemme qui peut tirailler les personnages. Pas même à travers des gestes, des contacts, des discours.

En parlant de discours et de la retranscription des PV d’audience, je les trouve parfois peu réalistes. Cependant, il s’agit d’une autre époque, l’auteur a fait ses recherches, alors je ne remets plus cela en question. En revanche, qu’il y ait des dialogues là-dedans ? Je ne trouve pas cela nécessaire et des scènes racontées n’ont pas à être « parlées » dans un Tribunal, à mon sens.

Le problème de ces personnages que je trouve creux, vides, c’est que j’ai de grosses difficultés à les « voir », à les « sentir ». Je confonds les noms (dont certains se ressemblaient, en plus) et je serais incapable de redire qui tompe Melody et qui est de son côté. Évidemment, il y a cette première, Thomas et Esi qui sortent un peu du lot mais, même eux, je les trouve fades. Cela a pour conséquence de me faire totalement décrocher des révélations oufisimmes que l’auteur amène dans le récit. Je ne me retrouve pas bouche bée, je ne suis pas vraiment étonnée des retournements de situation, pas même par l’arrivée de certains personnages primordiaux. Rien. « Désincarné » pourrait être le mot. Et je souffre de ressentir ça. Cela me fait de la peine, parce que L. Azarii écrit très très bien.
En plus, j’ai pu lire l’un de ses articles et là, j’ai trouvé la passion, la cohérence, l’envie de parler de quelqu’un qui a réellement existé et qu’il voulait faire connaître. Je ressens pas cela dans « Pertinax ». Et je me demande si l’auteur n’est pas passé à côté de la magie de la fiction.

Malgré tout, je ne peux pas m’empêcher d’admirer le travail immense que l’auteur a fait sur son ouvrage, en termes de recherches. Et je ne pourrais pas faire la même chose, alors gardez à l’idée qu’il s’agit juste de mon avis de lectrice inculte et sensible, qui cherche à se faire des amis à travers les histoires des autres. x)

J’apprécie d’ailleurs beaucoup les références à Jeanne d’Arc et aux Templiers, ainsi que la vision très ouverte que L. Azarii expose tout au long du récit sur la/les religion/s. Cela ouvre l’esprit sur la complexité des ordres et des conflits avérés lorsque la spiritualité se mêle à la politique. J’aime identifier la voix dans la tête de Melody comme le Diable ou un Ange, même si ce n’est peut-être pas le cas. J’apprécie aussi l’introduction de la légende de la Banshee, car ce sont des références qui me sont familières, et que j’ai trouvé particulièrement bien amenées. Et puis j’adore retrouver les prénoms « Émilie » et « Abigaïl » que vous retrouverez en partie dans mon propre roman.

Enfin, pour les raisons que j’ai énoncées plus haut, la fin ne me touche ou me marque pas plus que cela. On sent certaines intrigues non terminées (peut-être parce que l’auteur veut écrire une suite ?). Et puis j’ai le sentiment que, contrairement au reste, elle est assez vite expédiée, en amenant encore de nouveaux personnages, eux aussi peu incarnés.

Résumé : 6/6
Narration :
4.5/6
Ambiance/Environnement :
3/6
Personnages :
3/6
Fin :
4/6
Moyenne :
4.1/6

Pas de larmes, pas de rires, pas de passion, pas de fougue… J’ai lu, « Pertinax », c’était très bien écrit, mais… Il y a un gros MAIS. Les férus d’histoire s’y retrouveront certainement, ne serait-ce dans les références et repères de l’époque ; c’est un livre à lire pour ça. Une lecture exigeante qui n’a pas su me prendre dans ses lignes. Peut-être qu’en d’autres lieux, en d’autres temps, l’alchimie opérera ?

Avez-vous envie de lire « Pertinax » ? Appréciez-vous les livres historiques ? Si oui, de quelle époque préférez-vous les détails ?

À très bientôt entre nos lignes. ♥

Un avis sur « Pertinax – L. Azarii »

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